Jusqu’à la nuit
Il fallait être un nombre pair. C’était la seule contrainte organisationnelle de la journée.
Le reste se réglait tout seul. Le foot d’abord, puis le basket si quelqu’un ramenait le bon ballon, puis le vélo pour changer, puis on revenait au ballon rond parce qu’on n’avait pas fini. Pas de planning, pas d’arbitre, pas d’adulte pour gérer le temps de jeu. Juste une succession d’activités qui s’enchaînaient naturellement, portées par cette énergie propre à l’enfance qui ne se pose pas la question de savoir si elle a encore envie.
La seule horloge qui comptait, c’était la voix de nos mères. Tant qu’elle n’avait pas retenti, la journée n’était pas finie. On repoussait le moment le plus loin possible, on négociait cinq minutes de plus, on rentrait à contrecœur avec les genoux écorchés et les chaussettes disparues dans les chaussures.
Maintenant on se demande si c’était vraiment comme ça. La mémoire embellit, c’est son travail. Elle gomme les disputes pour les équipes inégales, les blessures, les copains qui rentraient trop tôt. Elle ne garde que la lumière de fin de journée et la sensation d’avoir tout le temps devant soi.
Nostalgie ou réalité ? Probablement les deux, mélangés dans des proportions qu’on ne démêlera jamais vraiment.
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