Poncifs
Depuis quarante ans, à chaque Coupe du Monde, dans chaque studio de télévision, par chaque consultant en fin de carrière, la même phrase tombe avec la régularité d’un penalty raté : « Y’a plus de petites équipes. »
Elle arrive toujours au même moment. Dès qu’une nation peu médiatisée tient tête à une grande, dès qu’un résultat surprend, dès qu’on réalise qu’on n’avait pas regardé l’adversaire d’assez près. Et on sort la formule comme si c’était une découverte, comme si on ne l’avait pas déjà dite il y a quatre ans, et quatre ans avant ça, et quatre ans avant ça encore.
Ce que la phrase ne dit pas, c’est ce qu’elle révèle. Elle suppose qu’il y avait des petites équipes. Qu’on les appelait ainsi. Qu’on partait du principe que certaines nations jouaient au football par grâce accordée, et que leurs victoires relevaient de la surprise plutôt que du mérite. C’est une façon de parler du monde qui en dit beaucoup sur celui qui parle.
Le Maroc en demi-finale. Le Cameroun contre l’Argentine. La Corée en 2002. Chaque fois : étonnement. Chaque fois : la même phrase. Comme si le football avait un ordre naturel des choses qu’on n’arrivait pas vraiment à remettre en question, même quand le terrain le faisait à notre place.
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